lundi 24 janvier 2011

Souvenir d'Italie avec David



J'ai plusieurs fois essayé de lire le chef-d'oeuvre de David B., L'Ascension du Haut-Mal mais à mon grand désarroi,n'ai jamais trop accroché. On est toujours un peu désemparé de ne pas réussir à lire LA grande oeuvre que tout le monde reconnaît... J'avais donc besoin de me réconcilier avec ce grand auteur de la BD et d'en trouver une  qui me convienne. Celle qui vient d'être publiée m'a tout de suite attirée : d'après le titre, un récit de voyage en Italie, première étape, le nord : de Trieste à Bologne en passant par Venise et Parme... Un itinéraire très prometteur !
 Un journal de voyage en bande dessinée, ça donne quoi ?  On s'attend à des dessins figurant les monuments (de quoi faire quand on choisit l'Italie), des descriptions, des scènes authentiques de la vie italienne, quelques anecdotes sur le voyage. Que nenni ici, l'auteur se joue de nos attentes dès le début en nous plongeant dans un univers fantastique : la première aventure de son récit de voyage se passe dans la maison des chats, des chats qui vivent et parlent tous comme des humains et avec qui le narrateur sympathise très vite. Un peu plus loin, ce sera dans la maison des rats qu'il nous entraînera. Deux épisodes un peu effrayants, il faut l'avouer (ce ne sont pas mes préférés). Ce que David B. a choisi, c'est de raconter son voyage comme s'il déroulait devant nous le fil de sa pensée. Tel place de la ville, tel personnage lui évoque un souvenir ou une anecdote qu'il s'empresse de nous retranscrire. Avec bonheur car c'est un formidable conteur. La grand-mère de sa compagne, chez qui ils séjournent à Parme devient un lutin. et on se retrouve dans quelque conte et légende du nord de l'Italie. La visite d'une librairie donne lieu à une comparaison édifiante du film Luciano Lucky (mafieux italien ) et Le Parrain. Pas de gondole à Venise mais l'histoire du ghetto et la biographie romancée du mystique juif Daoud Ravid, qui termina sa vie sur le bûcher. Et aussi l'étrange et fantastique aventure de la jeune fille aux 4 saisons qui est ma préférée : on a vraiment l'impression de lire une nouvelle fantastique, illustrations en plus !
Le graphisme est varié et s'adapte aux anecdotes : volutes et style nouille lors des promenades en amoureux ; sombre, haché et angoissant quand l'atmosphère se fait plus fantastique. Droit et strict pour la leçon de cinéma. 
On se laisse entraîner avec un plaisir jubilatoire au fil des dessins et des mots dans un tourbillon d'anecdotes et d'histoires d'hier et d'aujourd'hui. Une façon de rendre le journal de voyage vivant et éclatant, mais aussi atypique. Finalement, je dirai plus que c'est un recueil de nouvelles sur l'Italie plutôt qu'un journal de voyage. A ne pas lire si on s'attend à un compte-rendu précis des monuments du nord de l'Italie ! 
J'attends avec impatience la parution du tome 2. Et maintenant je peux crier haut et fort : J'AI LU DAVID B. !
 Le projet de l'auteur, par lui-même, écrit dans la postface :
C'est un récit de ce qui se passe dans mon cerveau plutôt que dans ma vie.
Il n'y a rien de meilleur que de marcher pour trouver des histoires et de regarder passer des gens pour saisir des personnages.



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vendredi 14 janvier 2011

Ouverture # 1







Tunisie, mars 2007

mardi 4 janvier 2011

Un Homme, Philip Roth





Un Homme est une de ces lectures marquantes et poignantes, qui donne à réfléchir et dont on ne  sort pas indemne. Et aussi une lecture qu'il est difficile de commenter tant ce livre sonne juste et frôle une certaine perfection dans le fond comme dans la forme.
En le commentant, j'ai l'impression de le toucher, de le dénaturer et de l'abîmer un peu...

Un homme, c'est cet homme dont on va lire la vie à reculons en commençant par la fin : la scène initiale du roman est celle de son enterrement.  Le titre original est Everyman, la traduction le rend par Un homme, on pourrait ajouter Un homme comme les autres, sous-entendu, nous propose certainement Philip Roth, comme vous et moi, vous le lecteur, moi l'auteur. On ne saura jamais le nom de ce personnage. Identification plus facile pour le lecteur ? Pour l'auteur ? Celui-ci explique dans une interview que son personnage «  n'a pas de nom tout simplement parce que [il a] écrit le premier jet en oubliant de lui en donner un. » Un simple oubli dont l'effet fonctionne admirablement bien...
Le roman raconte une vie, mais il est aussi une interrogation sur la vie, la vieillesse, la maladie et la mort. Ces thèmes essentiels de la condition humaine, ces questions universelles et intemporelles, sont transposées ici à travers la vie de cet homme juif américain né en 1933 à Newark, dans le New-Jersey (tout comme Philip Roth...). Le récit est rythmé par les différentes opérations chirurgicales que subira le protagoniste tout au long de sa vie. La première est un souvenir d'enfance. L'auteur explique ainsi ce projet assez inhabituel et plutôt original : « Ecouter le corps malade, raconter la vie d'un homme non pas à travers ses succès ou ses amours, mais à travers les différentes maladies qui l'ont affecté tout au long de sa vie et qui le mènent finalement à la mort. »
C'est principalement dans ses relations avec ses proches (ses parents, son grand frère Howie, ses trois femmes, ses trois enfants dont deux avec lesquels les rapports sont complexes et détériorés) que le lecteur appréhende, connaît puis s'attache à ce personnage. Ce qu'il a raté, ce qu'il a réussi, ou plutôt ce qu'il pense avoir raté ou réussi. Le temps passe, il s'interroge, et nous avec : a t-on une deuxième chance, peut-on revenir sur les actes commis ?
On s'accommode de ce qui est là, ici et maintenant (c'est-à-dire la vie qu'on a mené - ou là où la vie nous a menés).
La vie passe, arrivent en fin de course la vieillesse, la maladie. Avec la vieillesse, la perte du pouvoir de séduction qui donne lieu à une formidable scène du roman, pleine de dérision et d'humour et en même temps de tristesse et de désolation où l'homme tente vainement une approche de séduction avec une femme beaucoup plus jeune que lui. Vieillir, c'est quitter peu à peu la vie et s'approcher de plus en plus près de la mort... La mort c'est la fin, pour Philip Roth. La fin de la vie, après quoi on ne sera plus là pour réparer les erreurs. Et ce personnage a peur de la mort, bien sûr la peur de disparaître et de ne plus être de ce monde, mais surtout la peur de ne pas avoir eu le temps de résoudre ce qui n'allait pas (le conflit avec ses deux fils par exemple).

Subtilement, Philip Roth amène son lecteur à réfléchir à son tour sur la vie, la vieillesse, la maladie et la mort. En lisant ce récit de vie, on lit un peu de sa propre vie, un peu de celle des autres, de celle des gens qu'on connaît, un peu de vie humaine  en somme.
Les questions se bousculent alors : qu'est-ce qu'une vie ? Que signifie accomplir sa vie ? Est-ce aimer, fonder une famille, être aimé par ses proches, autant qu'on peut les aimer, travailler, être passionné par son métier, ou l'exercer bien, enfin du mieux qu'on puisse, être apte à vivre en société, à tisser des liens sociaux ? Qu'est-ce qui créé les liens entre les êtres, pourquoi les défait-on à certains moments de la vie ? ... Autant de questions en suspens.

On ne referme pas ce livre tout à fait de la même façon qu'on referme les autres. Il laisse une empreinte chez le lecteur. Il faut un temps de silence après cette lecture, une pause... peut-être le temps du deuil suite à l'enterrement de ce personnage anonyme auquel on vient
d'assister. L'écriture est claire et limpide, le roman se lit rapidement, d'un trait. Rien en trop, rien ne manque, même si c'est une traduction (ou plutôt et même dans la traduction). Il paraît que ce n'est pas le meilleur roman de Philip Roth... cela je ne peux le savoir car c'est le premier que je lis. Mais si ce n'est pas le meilleur, Un Homme me donne bien envie de le chercher et de le trouver parmi les 27 autres livres...

Un court extrait (p.85) qui relate un moment précieux, émouvant et grave en peu de mots entre l'homme et sa fille :
Elle l'avait rejoint sur la côte pour l'assister et, malgré son bon sens et sa lucidité, elle ne savait que revivre les difficultés résultant du divorce de ses parents, et avouer à son père son vieux rêve tenace de les voir se réconcilier, lui et sa mère - réconciliation qu'elle avait appelée de ses vœux plus de la moitié de sa vie. « Mais on ne réécrit pas l'histoire », lui dit-il doucement ; il lui massait le dos, lui caressait les cheveux, la berçait doucement dans ses bras. « Il faut prendre la vie comme elle vient. Tenir bon et prendre la vie comme elle vient. Il n'y a pas le choix. » 

  Un Homme, Philip Roth, traduction de l'américain par Josée Kamoun, Gallimard, 2007.



 

dimanche 2 janvier 2011

Pour commencer


Pour écrire ce billet, je sors de mes étagères le livre de Ionesco à qui j'ai emprunté le titre de ce blog. Notes et contre-notes, l'idée n'est pas de moi, je rends donc ici à Eugène ce qui lui appartient.
Ce livre est un de ceux qu'on peut lire et relire, qu'on a toujours besoin d'ouvrir pour chercher une information, répondre à une question, lorsqu'on se dit, ah oui ça je l'ai lu, mais où ? Ou ça me fait penser à... mais mais. Oui, c'est ça. Un de ceux qui a beaucoup de pages écornées, de petites croix au crayon dans la marge, de passages soulignés, si vous ne considérez pas LE livre comme un objet sacré et intouchable. (Ce qui n'est pas mon cas).

Je laisse la parole, première page, tout est dit :
"Pourquoi écrivez-vous?" demande-t-on souvent à l'écrivain. "Vous devriez le savoir", pourrait répondre l'écrivain à ceux qui posent la question. "Vous devriez le savoir puisque vous nous lisez, car si vous nous lisez et si vous continuez à nous lire, c'est que vous avez trouvé dans nos écrits de quoi lire, quelque chose comme une nourriture, quelque chose qui répond à votre besoin. Pourquoi donc avez-vous ce besoin et quelle sorte de nourriture sommes-nous? Si je suis écrivain, pourquoi êtes-vous mon lecteur? C'est en vous-même que vous trouvez la réponse à la question que vous me posez." Le lecteur ou le spectateur répondra, schématiquement, qu'il lit, qu'il va au spectacle, pour s'instruire ou pour se divertir. En gros, ce sont les deux sortes de réponses possibles. [...]  Tout le monde n'a pas la clef de l'univers dans sa poche ou dans sa valise. Si un écrivain, un auteur, me demandait, à moi, pourquoi je lis, pourquoi je vais au spectacle, je répondrais que j'y vais, non pas pour avoir des réponses mais pour avoir d'autres questions ; non pas pour acquérir la connaissance, mais, tout simplement, pour faire connaissance avec ce quelque chose, avec ce quelqu'un qu'est une œuvre."  

Eugène IONESCO, Notes et Contre notes, 1962

Je dirai que chaque livre, film, pièce de théâtre, tableau ou paysage que je lis, vois, admire, déteste est une rencontre. Une rencontre avec quelque chose, avec quelqu'un, avec une histoire, plus ou moins longue et plus ou moins fixe. Des rencontres inoubliables qui changent un peu la façon de voir les choses, qui nous modifient presque imperceptiblement, parfois subrepticement, d'autre fois plus sûrement. Qui deviendront souvenirs. Mais aussi celles qui n'aboutissent pas, qui ne changeront rien car justement, l'échange ne se fait pas.
C'est aussi une surprise, un risque à chaque fois. Est-ce que ça va marcher ? Que vais-je ressentir ? 
Rendre compte de toutes "ces rencontres" sous forme de notes écrites ou imagées, pour qu'il en reste une trace, même infime, même perdue au milieu de la faune bloggesque, c'est ce que je ferai ici. 

Certains articles ont été rapatriés de mon ancien blog.