lundi 21 février 2011

Ouverture # 2





Arles, Ateliers SNCF, 2007

samedi 12 février 2011

Tokyo, 1968





Attention, "coup de cœur" ! 
Lire La Ballade de l'impossible est une parenthèse dans la vie réelle, dans notre banal quotidien... y échapper grâce à la lecture est toujours un moment magique... mais tous les livres ne permettent pas cette réalisation. Celui-ci oui : le livre qu'on a  du mal à lâcher, qu'on a hâte de retrouver. Y penser  toute la journée et attendre impatiemment le moment de se rouler dans une couverture pour  retrouver Watanebe et les autres, dans ce Tokyo des années 68-70.
Watanebe est le personnage principal, narrateur d'une quarantaine d'année au début du roman qui replonge dans ses souvenirs pour nous raconter sa jeunesse. C'est donc ce jeune homme d'une vingtaine d'années qui emmène le lecteur dans son histoire, son apprentissage... traversée qui se fera sur fond de Beatles, Bob Dylan et autres groupes en vogue à travers le monde à cette époque. Il y a l'histoire intime de Watanabe, comment les événements qu'il a vécus  entre 18 et 20 ans l'ont fait grandir, évoluer, et devenir adulte mais c'est aussi toute une époque  assez mythique qui est décrite. Les débuts du rock, la libération sexuelle en cours, les innovations de la médecine psychiatrique au Japon... Un monde qui change.

C'était ma première rencontre avec Haruki Murakami et j'en garderai un doux souvenir. Je compte bien renouveler ce plaisir. J'aurai pu choisir Kafka sur le rivage, le plus connu certainement, celui dont tout le monde parle. Mais peut-être par esprit de contradiction, et aussi par choix, la quatrième de couverture de La Ballade de l'impossible m'a davantage plu et je ne me suis pas trompée :
Au cours d'un voyage en avion, le narrateur entend une chanson des Beatles : Norwegian Wood. Instantanément, il replonge dans le souvenir d'un amour vieux de dix-huit ans. Quand il était lycéen, son meilleur ami Kizuki s'est suicidé. Kizuki avait une amie, Naoko.  Ils étaient amoureux. Un an après ce suicide, le narrateur retrouve Naoko. Elle est incertaine et angoissée, il l'aime ainsi. Une nuit, elle lui livre son secret puis disparaît...
Hommage aux amours enfouies, La Ballade de l'impossible est un magnifique roman aux résonances autobiographiques, d'une tendresse et d'une intensité érotique saisissantes.
En lisant les destinées de Watanabe, Naoko et les autres,  le lecteur se retrouve plongé dans ses propres souvenirs d'adolescents : amitiés de jeunesse, premières amours, émois littéraires,  mélancolie... bref  tout ce qu'on ressent de manière exacerbée lorsqu'on a entre 18 et 20 ans (l'âge des personnages du roman). Vers la fin du roman, Watanabe déclare qu'il est devenu adulte. On a tous vécu ce passage. C'est intime et universel. Mais les bons romans sur l'adolescence, sur cette période fragile, tremblante, fluctuante, sont assez rares, peut-être parce qu'ils sont souvent écrits ou racontés par des adultes et j'imagine qu'il est difficile de se défaire de ses certitudes d'adultes,  de ce qu'on a gagné en grandissant pour se reperdre dans les méandres de cet âge. Il y a le magistral Attrape-cœur, Les Désarrois de l'élève Torless, les grands romans de Dickens. J'ajouterai maintenant à ma liste la sublime Ballade de l'impossible, texte écrit dans un style poétique, savant mélange entre le désir brûlant et l'observation contemplative et minutieuse des événements, des sentiments.

Description d'un premier baiser :

Je la regardai dans mes yeux et elle fit de même. Je la pris dans mes bras et l'embrassai. Ses épaules eurent un léger sursaut, mais elle se détendit aussitôt et ferma les yeux. Nos lèvres restèrent soudées pendant cinq ou six secondes. Le soleil de ce début d'automne éclairait le duvet qui faisait de l'ombre sur ses joues, une ombre qui me semblait légèrement tremblotante. 
Ce fut un baiser doux et tendre, mais aussi sans espoir. [...] En voyant de la véranda les toits des maisons qui brillaient, la fumée, les libellules rouges et d'autres choses encore, nous avions éprouvé un doux sentiment d'intimité qu'inconsciemment nous avions sans doute voulu préserver. Notre baiser était de cette sorte. Mais bien sûr, comme tous les baisers, il n'était pas sans comporter une part de danger.
                           Haruki Murakami, La Ballade de l'impossible, page 126.


La fameuse chanson des Beatles :



mercredi 2 février 2011

Titre recherche ?


http://www.decitre.fr/gi/16/9782260017516FS.gif

Dans les envies de lectures, on a parfois envie de quelque chose de bref, qu'on lira dans l'heure, le temps d'un trajet en train ou d'une attente dans un café anonyme, et dont on s'assure de la qualité pour ne pas être déçu. Pour satisfaire mon envie, je prends dans ma bibliothèque un court roman de Sagan (en est-il des longs ... ?), je me dis valeur sûre, jusqu'ici je n'ai pas été déçue par les livres de Madame.
Aimez-vous Brahms... est l'élu, publié en 1959 . On notera qu'il y a eu échange de ponctuation...
Paris, Paule, femme de 40 ans se laisse aller à tomber amoureuse d'un jeune homme de 25 ans (Simon), éperdument amoureux d'elle. Mais bien sûr, vous imaginez le schéma, Paule n'est pas célibataire. Non, Paule entretient une relation avec Roger, ils s'aiment mais ne vivent pas ensemble, et ce bon Roger tient avant tout à "sa liberté", il ne s'en prive pas et délaisse parfois, souvent, sa compagne.  Bref, une histoire d'amour quand même ultra ultra classique, peu surprenante, avec beaucoup de clichés : la femme délaissée par son amoureux tombe dans les bras d'une jeune homme fougueux qui l'admire et la fait se ressentir femme désirable. Aucune surprise, même la fin est attendue.
Cependant le récit est court, l'écriture fluide et simple, on va au bout malgré le peu de suspens.. Mais j'avais parfois l'impression de lire un roman de gare des années 60. (En même temps je l'ai lu le temps d'un trajet en train... ) Ce qui sauve le récit à mes yeux, et n'en fait pas une déception totale, ce sont quand même les belles envolées mélancoliques de Sagan. Sur des choses simples et quotidiennes, aussi sur la vie finalement assez vide de ses personnages.  Cela donne lieu à quelques belles pages. Mais contrairement à l'effet Bonjour Tristesse, Aimez-vous Brahms... est un roman que j'oublierai assez vite.

Une jolie page sur les dimanches solitaires :
Elle haïssait ces dimanches de femme seule : les livres lus au lit, le plus tard possible,  un cinéma encombré, peut-être un cocktail avec quelqu'un ou un dîner et, enfin, au retour, ce lit défait, cette impression de n'avoir pas vécu une seconde depuis le matin. Roger avait dit qu'il l'appellerait le lendemain. Il avait sa voix tendre. Elle attendrait son téléphone pour sortir.  De toute manière elle avait des rangements à faire, de ces occupations typiques que lui avait  toujours recommandées sa mère, ces mille petites choses de la vie d'une femme qui la dégoûtaient vaguement. Comme si le temps eût été une bête molle qu'il fallait réduire. Mais elle en venait presque à regretter chez elle l'absence de ce goût.  Peut-être y avait-il effectivement un moment où on ne devait plus attaquer sa vie, mais s'en défendre, comme d'une vieille amie indiscrète. Y était-elle déjà ? Et elle crut entendre derrière elle un immense soupir, un immense chœur de «déjà».