jeudi 29 septembre 2011

La citation du jeudi




 LISTE DES CHOSES DOUCES

... le matin

Une table de petit déjeuner bien dressée, dans le parc, pour soi seul.
Entendre couler d'une fenêtre, à l'autre bout de la rue, un air d'opéra.
Traverser la Seine.
Les plages à sept heures.
Le début du coucher de soleil en avion.





LISTE DE CHOSES

... qui paraissent éternelles

Une après-midi d'été sous un soleil immuable.
La campagne. 
L'ennui. 
La conversation d'un imbécile.

                                                     Charles Dantzig, Encyclopédie capricieuse du tout et du rien. 


chez Chiffonnette


lundi 26 septembre 2011

Battement d'ailes (et soupirs)

Les livres de Milena Agus sont toujours très courts. Ce qui peut représenter autant un avantage qu'un inconvénient. Inconvénient pour Mal de pierres et Mon voisin, qui m'avaient vraiment séduite, et que j'aurais aimés plus longs. Mais la brièveté du récit est un avantage pour Battement d'ailes...

Comme je partais en Sardaigne cet été, l'occasion était parfaite pour emporter avec moi un des romans de l'auteure sarde, en l'occurrence Battement d'ailes. Valeur sûre, me dis-je. 
Et bien... déception. Si ce n'est le plaisir de lire sur les plages désertes, bercée par le murmure d'une mer translucide, des descriptions qui correspondaient à ce que j'avais sous les yeux (c'était quand même un grand plaisir), je n'ai, cette fois-ci, pas été séduite. Pourtant l'écriture est toujours aussi poétique, l'histoire décalée, dans un cadre qui ne peut que plaire. Milena Agus est hors mode, et c'est une grande qualité. Elle a su créer son propre univers qu'on retrouve dans chacun de ses récits.

La narratrice de Battement d'ailes est une jeune fille de 14 ans qui, de son point de vue d'adolescente, nous raconte la vie de Madame, propriétaire d'une maison d'hôtes sur la côte sarde. Madame est un personnage entier, qui ne vit pas tout à fait comme les autres (en tout cas comme on "doit" vivre dans la campagne sarde). Elle attend avec ferveur le grand amour (à 50 ans), et pour passer le temps, elle multiplie les aventures avec bon nombre d'amants. Contre vents et marrées, elle préserve son lopin de terre et sa vieille maison, combat autant qu'elle le peut les promoteurs. S'en suit toute une galerie de personnages, la famille de la narratrice (qui travaille pour Madame), les voisins, les amants. Certains sont bien croqués et attachants, comme les enfants des voisins. Mais malheureusement, la plupart ne m'ont pas vraiment attirée. Je ne suis pas rentrée dans l'histoire, je suis passée à côté. Peut-être aussi parce qu'il n'y a pas vraiment d'histoire ni d'intrigue, je retiens essentiellement tous ces portraits, mais leur lecture en devient lassante.
Les passages que j'ai préférés sont les descriptions de la Sardaigne, vraiment magnifiques. 

Notre position est 39° 9' au nord de l'équateur et 9° 34' à l'est du méridien de Greenwich. Ici, le ciel est transparent, la mer couleur saphir et lapis-lazuli, les falaises de granit or et argent, la végétation riche d'odeurs. Sur la colline, dans les lopins de terre arrachés au maquis qu'on cultive entre leurs murets de pierre sèche, le printemps resplendit du blanc des fleurs d'amandiers, l'été du rouge des tomates et l'hiver de l'éclat des citrons.



Mais tant de beauté souvent nous ennuie Madame et moi, un désir de monde normal nous envahit et la nervosité nous gagne. Alors pour nous défouler, s'il est impossible d'aller en ville, on fait des trucs un peu fous, comme piquer une tête dans la mer en hiver, dévaler les deux cents mètres du chemin escarpé qui va à la plage sans s'arrêter et puis remonter toujours en courant, nager au large jusqu'au dernier rocher à fleur d'eau, en été aller à pied à Cala Pira et à Punta Is Molentis, pour se baigner à l'aube avant l'arrivée des touristes ou ramasser des asperges à la sortie de l'hiver et, toutes contentes, rentrer les cuisiner en omelette.

                                                      

mercredi 21 septembre 2011

C'est fou, une fille...


Ce qui m'a attirée vers ce livre ?

- Le nom de l'auteur
- Le titre


Je ne connaissais pas du tout cette auteure au nom si doux et si joli (sans rire, Marie Billetdoux, je suis vraiment jalouse de cette trouvaille) et je suis tombée par hasard sur ce titre alors bien sûr je l'ai tout de suite élu ! D'autant que c'est un livre assez court, et pour découvrir un auteur, je préfère ne pas me lancer dans un pavé. (Bien me prit de ne pas avoir choisi C'est encore moi qui vous écrit - 1500 pages)

C'est fou, une fille... pas faux dirai-je. Titre qui semble évoquer un premier amour, un garçon qui se dirait ça après une crise d'hystérie d'une jeune fille en fleur.
Ce n'est pas exactement l'histoire d'un premier amour, mais bien celle d'une première fois. Estelle rencontre un homme (hum dont j'ai déjà oublié le prénom - livre lu il y a un mois), elle est architecte, il est psychiatre, la trentaine l'un comme l'autre, elle est venue en consultation... Et puis ils passent une nuit ensemble, la fameuse première nuit. Celle de la découverte des corps, des sens, des sensations, les premiers émois, la compatibilité ou l'incompatibilité des corps... c'est ensuite le premier lendemain, quand on réalise que la terre s'est arrêtée de tourner pendant quelques heures, on sort doucement d'un rêve éveillé, d'une jolie bulle. 
Nos deux personnages sont dans cette bulle, mais il y a une tierce personne... ce jeune homme est marié. Cependant notre homme des temps modernes est un courageux, oui oui, il va quitter sa femme pour Estelle. Très élégamment d'ailleurs, au téléphone, alors qu'il est encore chez sa maîtresse... (le courage masculin aurait-il quelques limites ?) 
La sortie de la bulle est difficile, le retour au réel surprenant. La chute du roman est tout à fait étonnante, je vous laisse la découvrir...

J'ai plus ou moins apprécié ce roman. A vrai dire, vraiment moins que plus. Il y a de très belles pages sur la première nuit d'amour, les sensations et les tâtonnements des débuts, les petites palpitations du coeur qui s'agite. Mais l'intrigue ne me semble pas toujours crédible et puis le style de Marie Billetdoux ne me plaît pas. Il est un peu "ampoulé". De longues phrases, une syntaxe surdéveloppée pour finalement exprimer quelque chose qui aurait pu l'être beaucoup plus simplement. Une sorte de pancarte avec inscrit dessus "regardez, je sais écrire" semble s'afficher à chaque page, c'est dommage. Le résultat est assez confus, la prose pas toujours agréable à lire.
Pourtant c'est un roman prometteur, le thème, les deux personnages, les rebondissements, mais il manque un je-ne-sais-quoi qui laisse l'impression d'un roman  bâclé, pour en mettre plein la vue, sans vraiment approfondir les choses.

Court extrait (sur les premiers instants après...) :
La folie d'être deux dans un lit. L'indicible effet de s'éveiller en compagnie. Découvrir comme un Noël le matin ce corps animal sur le drap. Vivre dans le luxe, et le qui-vive, de sa quémande continuelle. Sentir, par petits coups, battre contre sa cuisse. Compter confusément les brèves pulsations. Savoir qu'il attend, et qu'il est dépendant. Feindre de dormir encore, tandis que...

Ce récit trouve sa place dans le challenge amoureux de l'Irrégulière, dans la catégorie "une histoire qui finit mal" (même très mal) !


jeudi 15 septembre 2011

La citation du jeudi...de retour

Rentrée, nouveauté, excitation, insomnies, adaptation...

Je rêvais que je dormais. Naturellement, je ne me laissais pas prendre, sachant que j’étais éveillé, jusqu’au moment où, me réveillant, je me rappelai que je dormais. Naturellement, je ne me laissais pas prendre, sachant que j’étais éveillé, jusqu’au moment où, m’endormant, je me rappelai que je venais de me réveiller d’un sommeil où je rêvais que je dormais. Naturellement, je ne me laissais pas prendre, sachant que j’étais éveillé, jusqu’au moment où, me réveillant, je me rappelai que je dormais. Naturellement, je ne me laissais pas prendre, jusqu’au moment où, m’endormant, je me rappelai que je venais de me réveiller d’un sommeil où je rêvais que je dormais. Naturellement, je en me laissais pas prendre, jusqu’au moment où, perdant toute foi, je me mis à me mordre les doigts de rage, me demandant malgré la souffrance grandissante si je me mordais réellement les doigts ou si seulement je rêvais que je me mordais les doigts de ne pas avoir si j’étais éveillé ou endormi et rêvant que j’étais désespéré de ne pas savoir si je dormais, ou si seulement je… et me demandant si…
Et ainsi d’insomnies en inutiles sommeils, je poursuis sans m’abandonner jamais un repos qui n’est pas un repos, dans un éveil n’est pas un éveil, indéfiniment au guet, sans pouvoir franchir la passerelle quoique mettant le pied sur mille, dans une nuit aveugle et longue comme un siècle, dans une nuit qui coule sans montrer de fin.

                                                              Henri Michaux, Face aux verrous *, 1967


(*à lire les nuits d'insomnie...)



vendredi 2 septembre 2011

Un challenge fini, un autre commence...


Hier, j'ai enfin (avec 10 jours de retard) publié mon article pour le challenge "Donnez-moi des nouvelles". Ne perdons pas de temps, dès aujourd'hui je m'inscris à un autre défi, celui de l'Irrégulière, du blog Cultur'elle.
Je prends ce challenge en cours puisqu'il a commencé le 14 février 2011, mais il dure un an. Vu la date, on se doute du thème... l'amouuuuuur ! Et rarissimes sont les livres qui ne parlent pas d'amour. Les règles ne se limitent pas à lire un livre évoquant tout simplement ce thème, non, il y a différentes rubriques :
1. Une histoire d'amour mythique
2. Une histoire d'amour qui finit mal
3. Une histoire d'amour qui finit bien
4. Un conte, avec un prince charmant et une belle princesse, qui se marient et ont beaucoup d'enfants. 
5. Un recueil de poèmes amoureux
6. Catégorie libre, vous faites ce que vous voulez 
 
Bref six livres à lire et à chroniquer en six mois ! J'ai beaucoup plus de titres en tête pour la deuxième catégorie que pour la troisième... Étrange...
Toutes les explications ici ...


jeudi 1 septembre 2011

Le défi Nouvelles : quelque chose en moi de…





 

Bien sûr je suis un peu en retard puisque la deadline du défi de lili était pour le 20 août… Mais petites vacances entre deux, puis retour et préparation active de la rentrée (choisir la tenue pour le d-day, ça prend un temps fou).
Comme annoncé, j'ai choisi des nouvelles américaines, le recueil Sucre d'orge de Tennessee Williams aux éditions Robert Laffont, la jolie collection Pavillons poche. C'est un livre qui traînait depuis longtemps sur ma PAL, et que j'ai eu envie de découvrir pour le défi. De plus, cet auteur est surtout connu pour ses pièces de théâtre, mais beaucoup moins pour ses talents de nouvelliste… J'avais donc envie de découvrir la face cachée de Tennessee, et ce que je pouvais bien avoir en moi de lui (parce que quand même, je ne sais pas vous, mais moi, à tous les coups je pense à la chanson – j'aimerais mieux pas, hein, mais l'inconscient collectif, toussa)
Neuf nouvelles composent ce recueil publié en 1954, neuf nouvelles qui nous font traverser les Etats-Unis, de New-York à la Californie, en passant par le Sud et un détour par le Mexique. Malgré la douceur du titre (qui est le titre d'une des nouvelles), le ton est souvent acerbe, désespéré, les récits présentent des personnages paumés, en proie avec leurs désirs, en quête d'une identité, ou d'une normalité. Ils sont tous un peu à part dans cette société très puritaine des années après-guerre. Certains sont loufoques et amusants, telle Olga de la nouvelle Le matelas près du parc à tomates, d'autres sont inquiétants, voire effrayants de par leur étrangeté (le vieil homme de Sucre d'orge). Tennessee fouille dans les tréfonds de l'âme humaine pour mettre à jour les travers inavouables, parfois la perversité, les désirs inassouvis, mais aussi la naissance des sentiments de ses personnages… Il est souvent question d'amour, parfois d'homosexualité, et on sent le mal-être de l'auteur par rapport à ce sujet, la difficulté qu'il avait certainement à assumer cela dans l'Amérique profonde des années 50. On le sait, Tennessee n'était pas un grand rigolard, et ces nouvelles traduisent bien cet état. On ne ressort pas franchement joyeux de cette lecture, mais incontestablement on est épaté par le talent de nouvelliste de Tennessee Williams. Ses nouvelles sont efficaces, vont à l'essentiel dans un style soigné, poétique et délicat. Et de nouveau je me dis que les auteurs américains du XXème siècle sont vraiment doués pour ce genre. Aller à l'essentiel tout en écrivant bien. Un don pour ausculter ce qui se cache au plus profond de nous et pour mettre à jour les travers humains en quelques pages. Je retrouve un peu la même acuité, le même désespoir que chez Richard Yates, Cheever ou Salinger. Des histoires de fêlés, des tourmentés qui sont touchants, confinant parfois au glauque… des situations pathétiques, certes, mais bien ancrées dans le réel.
J'ai vraiment apprécié six des neuf nouvelles de ce recueil. Une, la première, m'a profondément ennuyée, et deux m'ont laissée assez indifférente. Coup de cœur pour Billy et Cora : un couple formé d'une prostituée et d'un gigolo qui font association et parcourent une partie des États-Unis ensemble, une histoire d'amitié, d'amour entre ces deux personnages. Deuxième coup de cœur pour La ressemblance entre une boîte à violon et un cercueil : magnifique nouvelle sur le passage de l'enfance à l'adolescence et la naissance du sentiment amoureux.
Extrait de cette nouvelle, où la sœur du narrateur devient « une jeune fille » :
Ma sœur avait été magiquement en harmonie avec les paysages sauvages de l'enfance, mais on ne pouvait pas savoir encore si elle s'adapterait au monde uniforme et pourtant plus complexe dans lequel pénètrent les jeunes filles. Je pense que j'ai utilisé à tort l'adjectif « uniforme » pour décrire ce monde ; plus tard, sans aucun doute, il devient uniforme, il s'ordonne en un dessin bien trop régulier. Mais entre l'enfance et l'âge adulte, il y a un terrain accidenté, peut-être encore plus sauvage que celui de l'enfance. Car sa sauvagerie est toute intérieure. Les vignes et les ronces paraissent loin derrière, mais elles sont en réalité plus épaisses et plus dangereuses, bien qu'on ne les remarque pas aussi facilement de l'extérieur. Ces quelques années de transition dangereuse sont une ascension dans des collines inconnues.

Les autres billets de ce chouette challenge estival, qui m'a donné envie de lire plus souvent des nouvelles, merci lili : ici.