dimanche 4 décembre 2011

Le premier été

Enorme coup de coeur pour ce roman de la rentrée littéraire passé assez inaperçu. Je n'avais pas lu de critiques dessus (mais après ma lecture, j'ai découvert que pas mal de blogueurs avaient aussi été charmés par ce livre) mais je l'avais repéré mis en avant dans plusieurs librairies, c'est ce qui m'a mis la puce à l'oeil. L'illustration de la première de couverture m'a intriguée, ressemblant étrangement aux peintures d'une connaissance. Bref, Le premier été, un titre simple et épuré, une image qui me parle, je me suis dit : tentons. 


Deux soeurs adultes, Angélique et Catherine, se retrouvent dans la maison de leurs grands-parents qui viennent de décéder. Elles doivent ranger et vider la maison, puis la nettoyer avant qu'elle soit mise en vente. C'est donc tout un passé qui ressurgit à l'occasion de ces fouilles archéologiques dans le monde de l'enfance et de l'adolescence. Les deux filles avaient en effet l'habitude de passer toute une partie de leur été en vacances chez Pépé et Mémé, à la campagne, au vert, dans ce petit village de Haute-Saône. Il leur fallait alors nouer les liens d'amitié avec les gamins du village, toujours un peu farouches... et puis pas très loin, il y avait "les colons", ceux qui venaient de la ville au vert pour la colonie d'été. Catherine se souvient particulièrement d'un été, celui de ses 16 ans, qui semble avoir été dramatique et a bouleversé sa vie à jamais. Elle porte le poids d'un terrible secret, quelque chose qu'elle n'a jamais dévoilé à personne. Sur le perron de la porte de la maison, Catherine va enfin confier ce terrible secret à sa grande soeur, et donc lui raconter (et nous raconter en même temps) ce qui s'est réellement passé ce fameux été. 
Catherine adulte regarde ces événements avec l'amertume et la tristesse du temps passé, du poids du silence et des regrets.

Ce roman est un petit bijou. Bien écrit, tout en finesse, et tellement juste.  Anne Percin a su capter les méandres de cette période si trouble de l'adolescence, durant laquelle les sentiments et les émotions sont exacerbées. Les premières amours, les amitiés éphémères, l'influence du groupe, de la communauté. Etre dans la norme, se fondre avec les autres, ou être celui qui dicte la norme, le meneur... Mais qu'advient-il si on se sent un peu à part ? Et si les autres décident qu'on n'est pas dans le groupe ? Se taire et suivre ? Pas évident d'évoquer aussi subtilement cela... Autre évocation tout à fait juste que j'ai également appréciée : la relation fraternelle entre Angélique et Catherine. Entre adoration, jalousie, haine, complicité, protection et rejet. Il me semble que cette ambiguïté relationnelle est vraiment particulière aux relations entre soeurs... tout à fait différentes des relations frère-soeur. 
Et enfin, autre réussite de ce roman, c'est que chaque page m'a remémoré mes propres souvenirs d'enfance et d'adolescence à la campagne. La description par petites touches de la vie dans un village, l'été... deux mois d'ennui quand on a 13-14-15 ans, qu'il faut vaillamment occuper... Les années 80 aussi, sans cliché, juste ce qu'elles étaient, Madonna, Etienne Daho, les Rita Mitsouko, les BN, Ok. Podium...  La colonie. Le bal, la boum, les racontars. Et toute la nature en été à la campagne : les blés, les prés, la forêt, le jardin où l'on cueille les haricots avec Mémé ! Oui tout cela m'a vraiment beaucoup parlé, et d'autres choses bien plus intimes aussi. Et la force d'un roman, c'est bien de savoir parler à son lecteur...

Une écriture sensible et poétique, tout en discrétion, par petite touche, c'est ainsi qu'Anne Percin mène son récit, au rythme de cette nature estivale, de la chaleur écrasante de cet été, de l'appréhension des corps à l'adolescence et de leurs tourments pour nous amener aux révélations percutantes et surprenantes... La mélancolie est aussi de mise dans ce joli roman, mais jamais on ne tombe dans le mélo. De même la nostalgie n'est jamais mièvre, le temps d'avant n'est ni idéalisé, ni honni, il est évoqué comme ce qu'il était (en cela, le roman m'a fait penser au film de Julie Delpy : Le skylab).

Quelques extraits :
- On plante le décor :
"Tu préférais les chewing-gums aux bonbons mous pour lesquels on se battait avant. Je restais seule avec ma poignée de Kréma goût cerise et je te regardais rêver sur la couverture piquée, devant des vedettes aux coupes de cheveux dynamiques. C'était l'époque où les chanteurs portaient des chemises sans col et des vestes à épaulettes, les chanteuses ressemblaient toutes à Madonna dans Recherche Susan désespérément, avec des mitaines trouées et les cheveux explosés pleins de gel."
-L'adolescence : 
"Mais j’avais seize ans, et s’il y a un âge où il faut faire des efforts, c’est bien, celui-là. A seize ans, la peau n’est pas un rempart assez solide pour se passer de carapace. Il faut des déguisements, des masques, pour supporter le regard des autres sur soi alors qu’on ignore totalement à quoi on peut ressembler."

"Tous les crève-coeurs de l'enfance sont des douleurs saignantes qui se referment et laissent des cicatrices. La sagesse n'est rien d'autre qu'un réseau de stigmates."

Grâce à ce roman, j'inaugure enfin ma participation au challenge de la rentrée littéraire chez Hérisson :
1/7




6 commentaires:

  1. Quelque chose me dit que ce roman possède un fort potentiel lacrymogène, et que ce n'est donc pas trop ce dont j'ai besoin en ce moment...

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  2. Pas tant que ça... mais c'est sûr que ce n'est pas franchement joyeux !

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  3. Rah deuxième billet coup de coeur que je lis ce matin ! :)

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  4. Il est sur ma PAL et je pense qu'il ne va plus y rester très longtemps ;)

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  5. Oh oui lisez-le ! Ce petit roman gagne à être connu, et reconnu !

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  6. Effectivement je n'avais pas noté ce roman avant d'avoir lu ton billet, mais c'est fait maintenant

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