mardi 31 janvier 2012

Bartleby



Ce court récit de Melville aurait aussi bien pu s'appeler "i would prefer not to..." Cette phrase est le refrain lancinant prononcé par le personnage éponyme, scribe au service d'un office notarial. Emploi guère passionnant puisqu'il s'agit de copier des textes officiels du matin au soir. Le narrateur est le patron de ce bureau situé dans un immeuble de Wall Street, entouré de murs de briques. Il est d'abord admiratif devant la capacité de travail, le sérieux et l'abnégation de son nouvel employé. En effet les deux autres personnes qui travaillent pour le narrateur, Dindon et Pincette sont atteints de folie à leurs heures, le travail n'avancent pas toujours avec eux. 


Mais au fil du récit, Bartleby apparaît comme quelqu'un de plus en plus étrange. Physiquement, il revêt une apparence fantomatique, une silhouette lugubre et cadavérique qui ne se nourrit que de gâteaux au gingembre. Puis il refuse d'accomplir certaines taches qui lui incombent sans autre explication que cette formule soignée et claire "Je préfèrerais ne pas...". Poliment mais fermement, il décline ce qu'on lui demande de faire. Mais cela va de plus en plus loin, l'homme, dépourvu de passé, dont ni le narrateur ni le lecteur ne connaissent la vie, dort également à l'office. Lorsqu'on lui demande de quitter les lieux, il répond toujours avec la même expression. "I would prefer not to", que veut exprimer Bartleby ? La liberté de refuser ? Le pouvoir de dire non ? Montrer l'absurdité du monde qui l'entoure en devenant lui-même absurde ? Il ne poursuit jamais sa phrase avec un "parce que" tant attendu... car oui, le lecteur comme le narrateur veulent comprendre. Esprit cartésien, quand tu nous tiens ! Toutes les interprétations sont donc possibles, et cette nouvelle n'a cessé de susciter de multiples explications sociologiques, philosophiques, littéraires depuis 150 ans. Mais le lecteur reste libre de comprendre ce personnage et de donner le sens qu'il souhaite à cette figure allégorique. Il n'y a pas de réponse, pas de solution.

Pour moi, Bartleby est la figure de l'absurde, avant Kafka, avant Beckett, leur grand prédecesseur . C'est déjà l'absence de sens que Melville semble dénoncer, dans ce monde qui court, qui va trop vite, qui enferme les gens entre quatre murs, dans des fonctions précises. La géographie du récit est asphyxiante : des murs sombres, des immeubles trop hauts, une foule anonyme qui se déplace. Asphyxie du monde moderne. Un texte court et condensé qui amène son lot d'interrogations une fois le livre refermé : accomplir des taches parce qu'il le faut ?  La question du devoir... à quel moment le devoir s'arrête ? Jusqu'où peut aller ce désir de liberté inscrit en chacun de nous ? Est-on vraiment "libre" de tout ? Peut-on vivre sans entrave ? La fin du récit me laisse perplexe...

Récemment, les avis de Lola-Valérie et Kalistina

lundi 16 janvier 2012

Parlez-moi d'amour...

16 janvier... Il reste moins d'un mois pour terminer le challenge amoureux d'Irrégulière, la date butoir étant le 14 février 2012, Valentine's day bien sûr !
Pour l'instant j'ai :
- une histoire d'amour qui finit mal (facile) ici
- une histoire d'amour qui finit bien (un peu plus difficile à trouver)

Mais il me manque encore 4 catégories :
- Une histoire d'amour mythique.
- Un conte, avec un prince charmant et une belle princesse, qui se marient et ont beaucoup d'enfants. 
- Un recueil de poèmes amoureux.
- Catégorie libre, vous faites ce que vous voulez. 

Aujourd'hui, je complète la catégorie libre, en choisissant une chanson. Enfin un poème. Je ne vais pas être particulièrement originale, mais voilà pour moi une des plus belles déclarations d'amour, teintée de mélancolie, de douce poésie, dont le texte mêle quotidien et références mythologiques et littéraires...

"La non-demande en mariage", Georges Brassens




Petite histoire de la chanson : 
Au début des années 50, Brassens rencontre Joha Heiman, surnommée ensuite "Püppchen" (qui signifie "petite poupée", qu'on retrouve dans d'autres textes). Leur relation est d'abord adultérine et clandestine car Joha était mariée. Ensuite, elle vient s'installer à Paris, leur histoire d'amour durera plus de trente ans... secret de leur longévité, peut-être : le respect de la liberté de chacun, ils n'ont jamais souhaité habiter ensemble, ni sceller leur relation par un engagement officiel...



Ma mie, de grâce, ne mettons
Pas sous la gorge à Cupidon
Sa propre flèche
Tant d'amoureux l'ont essayé
Qui, de leur bonheur, ont payé
Ce sacrilège...

R:
J'ai l'honneur de
Ne pas te de-
mander ta main
Ne gravons pas
Nos noms au bas
D'un parchemin


Laissons le champ libre à l'oiseau
Nous seront tous les deux prison-
-niers sur parole
Au diable les maîtresses queux
Qui attachent les cœurs aux queues
Des casseroles !

+R:

Vénus se fait vieille souvent
Elle perd son latin devant
La lèchefrite
A aucun prix, moi je ne veux
Effeuiller dans le pot-au-feu
La marguerite

+R:

On leur ôte bien des attraits
En dévoilant trop les secrets
De Mélusine
L'encre des billets doux pâlit
Vite entre les feuillets des li-
vres de cuisine.

+R:

Il peut sembler de tout repos
De mettre à l'ombre, au fond d'un pot
De confiture
La jolie pomme défendue
Mais elle est cuite, elle a perdu
Son goût "nature"

+R:

De servante n'ai pas besoin
Et du ménage et de ses soins
Je te dispense
Qu'en éternelle fiancée
A la dame de mes pensées
Toujours je pense

+R:




Bon allez, bonus track : j'ajoute la love song du moment, simple, épurée et jolie :







mardi 10 janvier 2012

Challenge des saisons !

Quoi de mieux pour bien commencer l'année que la nouveauté et les défis ?
C'est en flânant chez Mathylde que j'ai découvert ce challenge qui m'a l'air très sympathique : le challenge des saisons, organisé par Les mots de la fin 
Le principe est simple : lire un ou plusieurs ouvrages (roman, poésie, bd...) en rapport avec les saisons, soit dans le le titre, soit dans l'histoire. Voici les quatre possibilités de participation :
  •  Basse saison : Lire un à deux ouvrages sur les saisons de votre choix.
  •  Haute saison : Lire trois ouvrages sur les saisons de votre choix.
  •  Belle saison : Lire quatre ouvrages ou plus sur les saisons de votre choix.
  •  Quatre saisons : Lire un ouvrage sur chaque saison.
Je choisis le dernier, celui des "Quatre saisons".

A très bientôt pour la première saison...



dimanche 8 janvier 2012

Alice au pays des merveilles



Relire Alice au pays des merveilles, c'est comme une véritable petite madeleine pour moi. Bien sûr, mes premiers souvenirs de cette histoire sont associés à l'adaptation de Walt Disney, très régulièrement diffusée à la télévision lorsque j'étais enfant. C'était souvent pendant les vacances de Noël, pour moi ce conte a donc aussi l'odeur et la saveur des biscuits qu'on préparait avec ma mère pour les fêtes, avec en fond les images complètement psychédéliques et loufoques du chef d'oeuvre animé. J'étais fascinée par l'histoire de cette petite fille à l'imagination débordante, divaguante et folle, qui se parlait à elle-même et se retrouvait dans des situations totalement absurdes et abracadabrantesques !
J'ai ensuite lu le livre enfant (certainement une adaptation !), puis pendant mes années d'études, découvrant cette fois toute la richesse de la langue de Lewis Carroll (bien que je ne puisse le lire vraiment en VO, et je sais que pour ce roman on y perd beaucoup), ainsi que la création d'un univers tellement propre et décalé qui a d'ailleurs inspiré tant de réalisateurs, écrivains et artistes en tous genres.
Je l'ai relu encore récemment avec toujours la même délectation et admiration pour cet univers ! Pour moi, Alice symbolise vraiment le monde de l'enfance, plus précisément le passage de l'enfance à l'adolescence : à la fois un monde où tout est permis, où on peut se raconter des histoires sans queue ni tête et y croire, dans lequel les chats sourient et parlent, apparaissent et disparaissent au gré de leurs envies, un monde où le temps est totalement détraqué... mais aussi un monde cruel : grandir, changer sans cesse de forme, se modifier physiquement et tenter d'accepter ses transformations, ne pas avoir le même raisonnement ni la même logique que les adultes, découvrir leur cruauté, essayer de se connaître et de savoir qui on est... vastes questions ! Alors bien sûr, ce n'est qu'un rêve, à la fin du récit, Alice se réveille auprès de sa soeur sur le talus, exactement au même endroit où le roman avait commencé... mais toute cette vie rêvée n'a rien d'anodin... 
Ce livre marque aussi la naissance de l'absurde en littérature : quels savoureux dialogues autour du Temps entre le chapelier fou, le lièvre de Mars et Alice, teinté de réflexion philosophique, et un concentré d'humour. 


Lewis Carroll a peu écrit, mais autant dire qu'il a créé bien plus qu'un simple conte, tout un univers est né, avec une véritable poésie de l'objet : la montre à gousset, le chapeau, la tasse de thé. (Et dire qu'il était professeur de mathématiques..... horreur !) Les magnifiques illustrations de John Tenniel pour la première édition ont aussi donné vie aux personnages et contribué à la création de ce monde particulier :





Bon je ne taris pas d'éloges, vous l'aurez compris, pour moi c'est un chef d'oeuvre, et de loin, un des contes que je préfère, à égalité avec Le Petit Prince : dans les deux cas, c'est une histoire qui émerveille et fascine à tout âge, qu'on soit enfant ou adulte, qu'on peut lire et relire en y découvrant toujours quelque chose de nouveau et de surprenant. Et un livre qui apaise, nimbé de souvenirs personnels. J'ai l'impression que c'est autour de ces lectures que le lecteur se construit aussi sa propre histoire.

Autour d'Alice, pour les fans (un peu comme moi) : le magnifique album illustré par Rebecca Dautremer, dans lequel Alice n'est plus aussi naïve, et même toute empreinte de tristesse. (Et donc toute la panoplie autour, comme toujours avec cette artiste que j'apprécie beaucoup...)



Clin d'oeil discret dans cette chanson de Gainsbourg, qui érotise totalement Alice, sorte de pré-Lolita...



Enfin un très beau blog, qui a tenté de réportorier toutes les illustrations d'Alice, mine d'or également sur Lewis Carroll : http://chasseausnark.blogspot.com/

dimanche 1 janvier 2012

2012...





Pas de résolutions pour moi,  n'étant pas de celles et ceux qui réussissent à les tenir !