lundi 19 mars 2012

Tea time





Encore envie de prolonger un peu les souvenirs de mes dernières vacances... 
Hier, irish tea time : thé Hanami de Betjeman & Barton (pas très Irish ce thé, je vous l'accorde, mais parfaite alliance pour ce goûthé) accompagné de scones aux raisins et confiture de framboises, handmade home pour les deux !
Alors je suis assez fière de moi car mes scones étaient presque aussi bons que ceux dégustés dans le petit salon de thé de Letterfrack où nous avons pris le tea time au coin du feu, en attendant le bus qui nous ramenait à Clifden, après avoir bien marché dans les collines. (Ce sont deux villes du Connemara, Letterfrack étant le point de départ de la randonnée qui mène au Diamond Hill, magnifique point de vue sur la région... bon je reviendrai sur tout ça un peu plus tard !)
Par contre ils sont moins gonflés, c'est certain... problème de levure très certainement ! A retravailler pour m'améliorer !

Pour vous faire saliver bien plus, voici les pâtisseries qu'on peut déguster chez Queen Of Tarts à Dublin, je vous laisse deviner les moments délicieux qu'on peut passer ici... (les photos sont un peu floues, mais assez suggestives quand même !) : 












dimanche 18 mars 2012

Ouverture # 8


Dimanche de mars, les dernières vacances en Irlande ne sont déjà plus qu'un souvenir... Le temps de la contemplation, le temps d'avoir le temps et de savoir le prendre me semble bien loin...  Regarder, rêver, se laisser absorber par les découvertes et les paysages... Respirer ! Alors un petit remember : quelques portes et fenêtres (oui j'ai une petite addiction aux ouvertures de ce type !) de Dublin et de l'île d'Inishbofin (magnifique) :





























Bienvenue dans l'atelier de Francis Bacon...

jeudi 8 mars 2012

Les Déferlantes

Pointe du Cotentin, La Hague. Un bout du monde, quelques hameaux et maisons aux noms plus ou moins accueillants (La Griffue, Le Refuge, La Roche) qui disent toute l'âpreté qu'il y a à vivre ici, entre terre et mer. Pas grand monde dans ce coin, quelques rares touristes, des habitants qui semblent vivre ici depuis la nuit des temps : Théo l'ancien gardien de phare, Lili la tenancière du bistrot (lieu important du roman), Nan, vieille femme désespérée qui attend après chaque tempête que la mer lui ramène ses morts, Raphaël le sculpteur... et bien sûr la narratrice, ornithologue qui s'est installée là pour compter les oiseaux et pour faire le deuil de son compagnon et tenter de se reconstruire. Enfin l'ombre de Prévert qui plane sur tout le roman... On vit ici au rythme de la mer, ses couleurs, les vagues, les remous, les jours de tempêtes, les balades au bord de la falaise et la nature, omniprésente dans le roman. Comme l'eau. Des personnages à part entière.


Les déferlantes, ce sont les vagues qui se brisent en roulant et qui peuvent tout détruire sur leur passage. Dans le roman, la déferlante, c'est aussi l'arrivée d'un homme brisé au village un jour de tempête : Lambert, qui n'est ni un touriste ni un journaliste. Il vient ici pour vendre la maison de son enfance et pour chercher, fouiller le passé et comprendre ce qui est arrivé à sa famille qui a péri en mer 40 ans plus tôt.
Peu à peu le récit prend la forme d'une enquête, la narratrice tente ainsi de découdre tous les noeuds pour retrouver le fil de l'histoire de Lambert, mais aussi de tous les personnages de l'île (qui n'en est pas vraiment une, mais c'est l'impression qu'on a, tant ces personnages sont "isolés"). Ces secrets enfouis et emmêlés sur ce petit bout de terre se dévoilent peu à peu. On se demande aussi quel est le secret de la narratrice. Pourquoi éprouve t-elle ce besoin de gratter et de creuser le passé des autres, elle qui  n'est qu'une horsaine à La Roche ? 
Je n'en dirai pas plus sur l'histoire, de peur de trop déflorer cette si belle lecture que je conseille impérativement et expressément. Moi-même j'ai trop tardé à le lire ! Véritable coup de coeur, c'est un livre qui va me poursuivre longtemps. L'écriture de Claudie Gallay suit le rythme de la mer et des marées, la tempête, des vagues inattendues qui ramènent de vieux secrets. Et puis de nouveau le calme plat, l'attente. Le silence. Tous ses personnages sont des taiseux, tous plus ou moins abîmés par la vie, des exclus qui ont du mal à communiquer et à aimer, mais qui tentent de réapprendre. A qui on a envie de tendre la main pour les aider un peu. Le roman oscille ainsi entre silence et bruit, jusqu'à une fin vraiment très belle, très apaisante. Alternance de douceur et de moments bouleversants. Claudie Gallay sait dire très simplement les petites choses tellement banales qu'on ne les remarque plus : des gestes, des regards, la sensation du toucher... Tout passe par les sens, plus que par les mots.
Un roman qu'on ne quitte plus dès la première page ouverte. De ces livres qu'on lit coupé du monde. Des chapitres courts. Des phrases courtes, simples qui s'enchaînent pour tisser une très belle histoire. 
Et quel bonheur de lire ce livre dans des lieux qui ressemblent à ceux du roman (Connemara pour moi)  : là où le vent souffle, la mer est agitée et la nature domine tout le paysage, plus que l'emprunte de l'homme.

Citations :

          La première fois que j'ai vu Lambert, c'était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large. (...)          Je l'ai regardé, pas parce qu'il avait choisi la plus mauvaise table, ni pour cette grimace sur le visage. Je l'ai regardé parce qu'il fumait comme toi, les yeux dans le vague, en frottant son pouce sur ses lèvres. Des lèvres sèches, peut-être plus sèches que les tiennes.
   Les histoires se ressemblent.
   Et il y a toujours d'autres histoires. Il suffit d'un rien, parfois, un angélus qui sonne, des êtres se rencontrent, ils sont là au même endroit.
   Eux qui n'auraient jamais dû se croiser. Qui auraient pu se croiser et ne pas se voir.
   Se croiser et ne rien se dire.
   Ils sont là. 
   On s’est arrêtés tout en haut de la falaise, presque au bord, deux solitudes face à la mer, revenus aux origines du monde. La mer reculait, elle revenait, des arbres poussaient et les enfants naissaient et ils mouraient. D’autres enfants les remplaçaient. Et la mer, toujours. Un mouvement qui se passait de mots. Qui s’imposait. Depuis des mois, je me fondais dans ce paysage avec la lenteur d’une bête qui hiberne. Je dormais. Je mangeais. Je marchais. Je pleurais. C’était peut-être pour ça que ma présence ici était possible. Qu’elle était acceptable. A cause de mon silence.

Et avec ce billet sur un roman écrit par une femme qui a toute mon admiration, je participe à la journée de le femme sur les blogs, initiée par Sophie