lundi 7 mai 2012

Hiroshima mon amour

HI-RO-SHI-MA ... NE-VERS. Deux mots tour à tour sussurés, chuchotés, murmurés, criés, hurlés, prononcés dans la joie, la jouissance, la tristesse, la souffrance... C'est le leit-motiv de la pièce de théâtre mise en scène par Christine Letailleur , adaptation du scénario Hiroshima mon amour de Marguerite Duras qu'Alain Resnais réalisa en 1959. 


Elle est actrice français originaire de Nevers, elle est venue à Hiroshima tourner une film sur la paix. Le film s’achève, elle rentre le lendemain à Paris. Elle vient de rencontrer un homme, un japonais, dans cette ville. Ils s'aiment, fugitive rencontre. Ils ont leur vie, ils sont mariés et ont des enfants. Mais pas ici. Pas dans cet espace-temps durant lequel on est Autre, on se donne à l'Autre, on essaie d'oublier. Et pourtant, Hiroshima... le passé la rattrape. Elle se raconte peu à peu, se dévoile, ment sans mentir. 

Je n'avais ni lu le scénario, ni vu le film, j'allai ainsi voir cette pièce en terra incognita... Et j'en ai eu le souffle coupé pendant quelques jours. C'est beau. C'est même magnifiquement beau. Cette pièce me bouleverse et m'interrogeJe ne peux en parler plus rationnellement... plus traditionnellement. C'est une pièce qui touche le corps. Vous savez le petit noeud d'émotion, là près du coeur, vers le bas-ventre. C'est là. Difficile d'en sortir des mots clairs. Seulement des questions, des bribes, des expressions lancinants dans ma tête depuis que j'ai vu cette pièce. 
Les acteurs, Hiroshi Ota et Valérie Lang, incarnent ces personnages, ils sont eux. D'une justesse, d'une émotion à la fois vibrante et sobre. Une mise en scène épurée, qui se suffit à elle-même. Et les mots de Marguerite Duras font le reste.

Elle / Lui / La peau / Deux corps nus qui se regardent / qui se touchent / qui se désirent / qui se frôlent/ qui se caressent / qui s'apprivoisent /qui se détachent / qui se quittent / qui se lâchent / qui s'aiment./ L'amour / l'envie / une rencontre / la douceur des mots / la douceur d'une main / explosion/ guerre./ S'aimer après le chaos ? / Se désirer ? / S'imprégner ? / Se connaître pour s'aimer ? 
L'un dans l'autre / l'un contre l'autre / l'un face à l'autre / l'un et l'autre / l'un puis l'autre / l'un / l'autre. / Qui es-tu ? / d'où viens-tu ? / Qui suis-je ?
Tu es NEVERS / Tu es HIROSHIMA / Tu n'as rien vu à Hiroshima / J'ai tout vu à Hiroshima.
Aime t-on un corps, un regard ? / Une alchimie ? / Peut-on aimer plusieurs personnes à la fois ? / A t-on besoin de connaître le passé de l'autre pour aimer ?  / Connaître les secrets de chacun ? /  Qu'est-ce qu'aimer veut dire ? / Je ne le sais pas, moi. Cette femme sait. Elle AIME. 






Et puisque ce billet parle quand même essentiellement d'AMOUR, je l''ajoute au Challenge amoureux d'Irrégulière, dans la "catégorie libre".




vendredi 4 mai 2012

Une sortie attendue !

Petite info en passant : il y a peu de temps je vous parlais de Zulu de Caryl Férey, thriller qui m'avait beaucoup marqué.

J'évoquais la sortie prochaine de son nouveau roman, c'est chose faite : Mapuche, dans la collection Série noire, chez Gallimard



Cette fois-ci l'auteur nous emmène en Amérique du Sud, plus précisément en Argentine, de la dictature à nos jours. Je lui fais confiance, je pense que ce roman sera aussi bien documenté historiquement et socialement que l'était Zulu !
Je me réserve cette lecture pour cet été, (si je ne cède pas avant) parce que là j'ai quelques lectures communes et challenges à terminer d'ici juin ! Et puis il me faut une pause douceur sinon mon petit coeur fragile ne tiendra pas le choc de lire autant de thrillers (je suis en train d'en lire un pour une lecture commune).

Pour patienter, l'émission "Mauvais genres" sur France culture consacrée aux deux Amériques, avec l'auteur comme invité dans la première partie :

jeudi 3 mai 2012

La femme et l'ours

Pas évident de résumer ni de présenter ce roman... l'histoire étant assez loufoque et absurde. Bref, ne pas chercher à lire un récit réaliste, ce serait l'avertissement de départ. Pour faire simple, je dirai que c'est le récit de la descente aux enfers d'un homme tout à fait ordinaire, Bix, le narrateur, donné comme double de l'auteur. Bix mène une vie des plus banales, avec sa femme (un peu névrosée) et son fils (plutôt sage et mature) (trio qu'on retrouve dans d'autres romans de Jaenada), métro-boulot-dodo. Il se prend de nostalgie pour sa folle jeunesse, du temps où il pouvait écumer les bars sans aucun compte à rendre, sans obligation familiale. Un soir, une dispute conjugale éclate, Bix claque la porte, se retrouve dans la rue avec son sac matelot et sa carte bleue (et visiblement un compte plutôt bien rempli vu la totalité de ses dépenses à la fin du roman).
C'est alors que commence la sombre descente de Bix, un chemin de croix à travers les bars de Paris, puis de Paris jusqu'au Vaucluse. Errance d'un héros loser, réduit à l'état de SDF alcoolique pour quelques jours (mais un SDF avec une carte gold - 300 euros de note au Lutétia pour séduire une belle éphémère) et qui ne sait plus très bien où il en est. Rencontres multiples, des personnages atypiques se croisent, quelques fois bien croqués, et d'autres vraiment too much. 

Autant j'avais été parfaitement conquise par Plage de Manaccora, 16h30, autant ce dernier roman m'a un peu laissée sur le carreau de l'ennui. Je suis passée à côté... Trop décousu à mon goût, même si j'ai bien compris que je ne devais pas chercher à lire un récit réaliste, mais là on a l'impression que l'auteur ne sait pas bien où il veut aller lui-même. Pourquoi cet événement glauque et sombre à la fin qui ne s'accorde pas du tout au ton plutôt léger du reste du roman ? Ersatz de thriller pendant 50 pages...
D'ailleurs le roman que j''avais gagné sur le blog de Lili est resté bien longtemps sur ma table de chevet (enfin c'est une sorte de pouf de chevet chez moi). Je l'ai commencé, abandonné, ça ne prenait pas, puis repris récemmment. Je me suis forcée à dépasser le chapitre qui donne son  titre au roman, (légende pyrénéenne assez loufoque, sorte d'histoire d'amour entre une femme et un ours au Moyen âge - bon alors en plus les légendes médiévales, c'est vraiment pas ma tasse de thé...), chapitre bien soporifique. De plus, le lien entre la légende et le personnage de Bix, il faut quand même bien chercher... Il me semble artificiel.

Bon la note positive, c'est le style et l'humour de Jaenada, il y a vraiment des pages très drôles, des situations grotesques et absurdes où l'on rit agréablement. Mais ce n'est pas assez pour moi, il m'aurait fallu une histoire avec plus d'épaisseur, de suivi, de contenu.  Et puis je suis lassée des autofictions d'écrivains paumés en quête d'aventures ou d'inspiration, un peu trop nombrilistes à mon goût, je n'apprends rien dans ces récits.

Bref une déception.... 

Un extrait quand même bien drôle, alors que le narrateur comate sur un banc, une sublime créature, au doux nom de Milka Beauvisage le reconnaît et l'aborde.
- Vous ne m'embêtez pas du tout. Je ne suis pas très en forme, excusez-moi, je vais me lever.
  Je ne me suis pas levé, car au moment où je prononçais ces mots qui me projetaient brusquement dans un futur aussi immédiat qu'improbable, j'ai visualisé la scène, mon gros corps tordu et taché qui tient en équilibre comme il peut devant la princesse prussienne aux grands yeux, et ça ne m'a pas paru prometteur. Pour une fois que quelqu'un me reconnaît dans la rue, et pas n'importe qui, une créature, bonheur vaniteux de l'écrivain raté, je suis malade et crasseux. Je vais rester assis, c'est mieux. On a toujours l'air moins tocard quand on est assis. Croyant probablement que j'attendais qu'elle parte, elle m'a tendu la main. Une main fine, couleur de litchi.- Je suis contente de vous avoir rencontré. Je m'appelle Milka.- Comme le chocolat ?Bien joué, encore une réplique qui fera date dans l'Histoire de la Débâcle ...

2/7
(à la bourre !!!)