samedi 28 juillet 2012

Purge


"Ce qui m'attire avant tout, ce sont les destins bâillonnés, les personnages muets, les histoires tues. S'approcher du non-dit et tenter de l'articuler, n'est-ce pas l'essence même de l'écriture ?"
                                                                                                             
Deux femmes se rencontrent dans la cour d'une ferme délabrée, quelque part en Estonie peu après l'effondrement du bloc soviétique, au début des années 1990. Ces deux femmes, ce sont deux mondes qui se confrontent et qui se réunissent dans la même cour : Aliide, la vieille, fermière estonienne "à la russe" qui semble n'avoir jamais quitté sa ferme, avec ses potions, ses herbes médicinales, sa cuisine, sa maison et ses cloisons amovibles, ses passages secrets... Veuve. Renfrognée, méfiante, endurcie par une vie faite d'événements historiques marquants, vécus de l'intérieur, (l'Estonie indépendante, la seconde guerre, l'occupation allemande, puis russe, puis l'annexion au bloc soviétique et la fin de l'ère communiste). Et Zara, jeune fille de vingt ans, bas résilles, mini jupe, surmaquillée, mais en piteux état dans cette cour, échouée là pour échapper à qui, à quoi... Aliide reste sur ses gardes, mais décide tout de même de l'accueillir, et de la nourir et de l'aider en la cachant quelques jours. 

Les deux femmes s'apprivoisent progressivement et s'attachent l'une à l'autre. Tout en réserve, lentement, elles se confient l'une à l'autre - en omettant quelques secrets. Les langues se délient difficilement. Mais les liens affectifs se nouent malgré tout. On sent le poids des secrets dans cette ferme d'Estonie. Que s'y est-il passé ?
Alternance de dates, de lieux, dans les chapitres. Retours en arrière jusqu'aux années 30, la vie d'Aliide, d'Ingre, sa soeur "parfaite", des hommes qu'elles ont aimés, épousés, quittés, de la vie qui les a tour à tour réunies et séparées. Le traumatisme d'Aliide. Le secret, la honte. On vit, on survit avec tout ça... Et puis l'histoire de Zara, de Vladivostok à Berlin où elle était allée pour croire en un avenir meilleur... et s'est faite enrôlée dans la prostitution et la violence. 

Un roman prenant, le destin de deux femmes au passé trouble et amer que le lecteur découvre peu à peu dans cette construction habile. Deux femmes auxquelles on s'accroche pour savoir ce qui s'est réellement passé. Deux corps blessés, avilis et torturés. Deux âmes courageuses et téméraires. 
Un roman qui dérange aussi, mettant au jour une fois de plus les horreurs de l'Histoire, ce qu'a été la dictature communiste et le stalinisme, et montrant l'être humain dans ce qu'il a de plus vil. Le roman est noir et oppressant, oui. Et réaliste...
C'est tout cela que j'ai apprécié dans Purge. J'ai juste ressenti un petit effet déceptif car, oui j'ai beaucoup aimé, et je trouve que c'est un très bon roman, mais j'en avais tellement entendu parler que je m'attendais à quelque chose de génial, à ce que ce soit LE coup de coeur, LA claque. De l'inconvénient de lire "après" la vague... 

Un extrait, sur la peur :
“Pour Aliide, la peur était censée appartenir à un monde révolu. Elle l'avait laissé derrière elle et ne s'était pas intéressée le moins du monde aux jets de pierre. Mais maintenant qu'il y avait dans sa cuisine une fille qui dégoulinait de peur par tous les pores sur sa toile cirée, elle était incapable de la chasser de la main comme elle aurait dû le faire, elle la laissait s'insinuer entre le papier peint et la vieille colle, dans les fentes laissées par des photos cachées puis retirées. La peur s'installait là, en faisant comme chez soi. Comme si elle ne s'était jamais absentée. Comme si elle était juste allée se promener quelque part et que, le soir venu, elle rentrait à la maison“.

L'avis de Leiloona .





jeudi 26 juillet 2012

Les lassi de Sathi... (et le mien)

Je suis rentrée de vacances hier, ô miracle, je retrouve le soleil... lorsque j'étais partie, j'arpentais encore chaussures fermées et jean. Là, enfin, l'été est arrivé ! Continuité parfaite avec la dizaine que je viens de passer sous le ciel bleu pur des Cyclades. Je redoutais un retour pluvieux, qui s'ajouterait à la nostalgie de ces belles vacances. (Préambule vacancier, mais ce n'est pas de cette destination dont je parlerai aujourd'hui - cependant j'y reviendrais très vite !)
Et quand il fait très chaud comme aujourd'hui, j'aime boire un lassi bien frais. Cela me rappelle un voyage que j'ai fait l'an dernier, et qu'il m'arrive d'évoquer ici par petites touches : l'Inde.

Le lassi c'est un peu le milk shake indien, mélange de yaourt brassé, lait, sucre, glace pillée si l'on veut, fruit (le plus souvent, mangue ou banane) et des graines de cardamone et de pistache... c'est dans les épices que réside le secret du lassi... et la difficulté de reproduire ce goût si particulier chez soi, à des milliers de kilomètres ! (Sur la photo du mien, il manque les graines).

Nous étions au Rajasthan en avril, la saison chaude...(certes nous avons voulu éviter la mousson - mais nous avons suffoqué). Température moyenne de 38-40 °, autant dire qu'en ressenti, au soleil, il nous est arrivé de frôler les 45 degrés et plus - et que nous n'étions pas vraiment habituées à cela ! Alors très vite, nous avons eu notre petit rituel : le lassi pour se rafraîchir et reprendre des forces en fin de journée (ou en fin de matinée). C'est à Bundi que nous avons testé les meilleurs lassi - je n'ai pas parcouru toute l'Inde, loin de là, je ne peux donc me vanter de dire que ce sont les meilleurs de tout le pays. Mais assurément, les meilleurs de tous ceux que j'ai testés.

Bundi, ville du Rajsathan assez tranquille (et c'est très appréciable après la jungle urbaine qu'est New Dehli), entourée d'un fort quelque peu délabré mais qui tient encore bien debout et domine la ville, dans laquelle on entre par une immense porte joliment ornée. Hôtel reposant, propre (et oui, ce n'est pas l'évidence) avec toilettes, vraie douche et chasse d'eau. Bref, le confort absolu dont nous rêvions depuis une semaine en bonnes touristes occidentales en mal de matérialisme que nous sommes, malgré toute notre bonne volonté !
L'indian touch de cet hôtel : la vache qui s'invite dans l'entrée pour le petit déj. Vache sacrée, on ne la chasse pas aussi facilement... on l'honore d'un petit mets et ensuite on l'invite gentiment à partir. 
En descendant un peu plus loin dans la rue, une petite échoppe qu'on peine à trouver (conseillée par notre ami le "rourou" (petit nom affecteux donné à notre guide papier qui regorge de bons plans - et de formules débonnaires)), "Chez Sathi". Hum. On entre ou pas ? Une pièce très sombre et caverneuse, un petit frigo rempli de "pots" et un vieil homme tout sourire assis dans la position du yogi tout au fond de la pièce, ou à d'autres heures, buvant son thé chai devant sa maison. C'est notre Sathi. Et les pots dans le petit frigo, ce sont ses lassi. On se laisse tenter - et là......... onctuosité, fraîcheur et saveurs délicates garanties ! Un aspect yoghurt blanc ivoire surmonté de quelques graines vertes qui donne ce petit goût épicé si particulier. Un délice ! Nous y sommes retournés à chaque fois. Et nous avons fait des envieux dégustant nos lassi sur la terrasse de notre hôtel : assaillies par les singes (un, puis deux, puis quatre, puis cinq), nous avons dû abandonner notre trésor gustatif et partir en courant. Oui, une armée de singes qui vient vous piquer votre verre, c'est assez effrayant. (Ou on est des petites natures...)

Malheureusement, je n'ai pas de photos de Sathi et de ses lassi... j'en ai trouvé une sur internet, assez représentative de la scène :
 Et Bundi (là ce sont bien mes photos) :

Porte d'entrée de la ville

La forteresse

Un temple très avenant...


Monkeys !


mardi 10 juillet 2012

Le combat d'hiver

(D'accord, je suis un peu hors-saison avec mon titre à l'heure des préparatifs pour les vacances estivales !)

Voici un roman qui traînait sur ma PAL depuis bien longtemps et que j'ai enfin ouvert. Enorme succès à sa sortie en 2006, tant chez les lecteurs que les critiques, c'est plutôt de bon augure. Je ne suis pas "fan" de littérature jeunesse, mais j'ai toute confiance en Jean-Claude Mourlevat, qui pour moi, est un très bon auteur (jeunesse ou pas). La seule réticence que j'avais concernait l'étiquette "science fiction" que certains attribuent à ce roman, je n'aime pas ce genre, je n'accroche pas si le cadre posé n'est pas réaliste. Or, il s'avère que ce n'est pas un roman de science fiction, mais plutôt ce qu'on qualifierait de "dystopie". 

Le roman s'ouvre sur une scène étrange : dans un orphelinat digne des descriptions de Dickens ou de Charlotte Brontë, deux jeunes filles, Hélène et Milena, demandent à aller voir "leurs consoleuses" : ce sont des femmes que les élèves peuvent aller voir pendant une heure, deux fois dans l'année, pour recevoir un peu de douceur et d'affection.  Sur leur chemin, elles rencontrent Milos et Bartoloméo, qui eux, se trouvent dans l'orphelinat pour garçons et vont également voir leurs consoleuses. Ce soir d'automne qui paraît banal déclenchera toute l'histoire : Milena et Bartoloméo décident de s'enfuir de ce lieu... 
On ne sait pas exactement dans quel pays, ni à quelle époque se déroule l'histoire : ça pourrait être ici et maintenant... C'est en tout cas dans un pays dirigé par un pouvoir totalitaire, "La Phalange", avec pour armes des hommes-chiens qui n'hésitent pas à dévorer les récalcitrants et les opposants. 
Tous ces orphelins n'ont pas été réunis par hasard... Hélène et Milos vont également s'enfuir à la suite de leurs deux camarades pour découvrir cette vérité et pour reprendre le combat mené jadis par leurs parents... Un combat dangereux et semé d'embuches pour ces quatre adolescents bien vaillants et endurcis !
J'ai beaucoup aimé ce roman dans lequel on entre facilement grâce à ses personnages attachants : des ados de 15 ans en pleine effervescence, dont tous les sentiments et les émotions sont exacerbés, bref, la fougue de la jeunesse qui entraîne le lecteur ! Ensuite j'ai apprécié le contexte "historique", ou plutôt sociétal : ces adolescents qui décident de résister et de se battre contre le pouvoir en place, l'importance aussi de la musique qui symbolise cette résistance. Bien sûr, ce n'est pas sans nous rappeler les nombreuses dictatures du XXème siècle et certains épisodes douloureux de notre Histoire... Le récit est haletant, nos héros se retrouvent souvent dans des situations périlleuses où leur survie ne tient qu'à un fil. On se surprend à avoir peur pour eux puis à respirer de soulagement à d'autres moments. 
Bref, un bon bouquin "jeunesse" mais qui est aussi destiné aux adultes. L'univers décrit est très sombre, d'ailleurs si je le conseille à des ados, ce serait plus à partir de 15 ans.

Ce titre me permet de participer au challenge de 4 saisons initié par Les mots de la fin :
(mais il me manque quand même les 3 autres saisons !)